La crise : les techniques pour s’en protéger

Cet article participe à l’événement « Où investir son argent après la crise asiatique » organisé par le blog Trading Attitude

Une deuxième crise vient de frapper les marchés financiers cette année 2015. En janvier l’abandon du taux plancher de l’EUR/CHF par la banque national suisse et maintenant une chute des bourses le lundi 24 août 2015. La cause de cette chute est le ralentissement de l’économie chinoise provoquant une baisse jusqu’à 8% du CAC40.

Le schéma classique qui s’en suit est l’abandon de beaucoup d’apprenti trader, dégoûtés par ce qu’il vient de se passer, pour se tourner vers d’autres sources d’investissements. Pourtant certaines personnes arrivent à se protéger de ces périodes d’instabilités et même à en profiter. Est-il donc vraiment intéressant de se détourner des marchés financiers suite à cette crise au profit d’autres secteurs ?

Faut-il continuer d’investir en bourse ?

bourse

Dans n’importe quel investissement rémunérateur il y a un risque et la bourse n’en est pas exclue. Le risque de crise fait parti des marchés financiers mais l’activité reste néanmoins rémunératrice si on sait se prémunir face aux crises voire même en profiter.

La crise fait partie du jeu

Des théories économiques nous montrent que l’économie est cyclique, faite de phase d’expansions et de contractions. Une de ces théories et celle des cycles de kondratiev. Kondratiev était un économiste russe qui avait identifié des cycles dans l’économie. Un cycle est composé d’une phase d’expansion puis d’une phase de récession mineure puis une dépression. Ces cycles s’expliquent par le fait que les phases d’expansions se font avec un excès d’investissement afin que les entreprises puissent faire face à la concurrence. Il s’en suit une augmentation des coûts de productions qui se répercute sur les prix. Par la suite les taux d’intérêts augmentent ce qui entraine une baisse de l’investissement et la consommation diminue à cause de l’augmentation des prix. L’économie entre en récession et le taux d’intérêt ainsi que les prix baissent. Puis c’est une phase d’expansion qui reprend. Ces cycles durent entre 40 et 60 ans.

L’économiste Juglar a aussi théorisé ces cycles mais voit des cycles beaucoup plus court, entre 8 à 10 ans. Il existe une multitude de théories des crises mais je ne vais pas les développer ici.

La théorie c’est bien mais les faits c’est mieux, nous allons voir que de nombreuses crises ont déjà eu lieu.

  • 1974 : dépôt de bilan de la Banque Herstatt et crise obligataire
  • 1979 : augmentation des taux au jour le jour de la FED
  • 1982 : crise de la dette des pays en voit de développement
  • 1985 : panne informatique de la bank of New York
  • 1987 : Krach des marchés obligataires et actions
  • 1989 : éclatement de la bulle japonaise
  • 1992 : Crise du système monétaire européen
  • 1994 : crise économique mexicaine
  • 1997 : crise asiatique
  • 1998 : crise des finances publiques russes
  • 2000 : éclatement de la bulle internet
  • 2000 : Crise en Turquie
  • 2001 : crise en argentine
  • 2007 : crise des subprimes
  • 2009 : crise grecque
  • 2010 : crise espagnol
  • 2015 : crise asiatique

On voit bien que tout au long de l’histoire il y a eu des crises (et je n’en ai cité qu’une petite partie, n’oublions pas la grande dépression de 1929) et il y en aura encore. Certain comme Warren Buffett profitent de ces crises pour trouver des opportunités mais avant de faire ça il faut savoir se prémunir face aux crises et c’est ce que nous allons voir de suite.

Gérer son capital boursier

Savoir gérer son capital est primordial, sans ça vous risquez d’être balayé à chaque gros évènement de marché si vous n’êtes pas dans le bon sens. Ici je parle uniquement de gestion du capital et non de money management dans sa globalité même si les deux ont un lien.

En money management on parle souvent de Stop Loss qui est un élément  majeur. C’est un ordre conditionnel qui va permettre de clôturer votre position si le marché se retourne ce qui permet de se protéger et de limiter la perte. Il faut toujours mettre un stop loss cependant ce n’est pas un outil miracle et il peut arriver qu’il y ait une défaillance contrairement ce que pensent beaucoup de traders. De plus les stop ne sont pas garantis, si le broker vous dit que ses stop sont garantis alors c’est qu’il y a une contrepartie comme des spreads plus élevés. Prenons l’exemple de ce qu’il s’est passé sur l’EUR/CHF (l’euro face au franc suisse), beaucoup de personnes étaient à l’achat en supposant que le taux plancher de 1.20 fixé par la banque nationale suisse (BNS) allait tenir. Sauf que du jour au lendemain, le 15 janvier 2015, la BNS abandonne ce taux ce qui fait plonger l’EUR/CHF et beaucoup d’autres paires de devises. Beaucoup de stop loss n’ont pas été déclenchés entrainant des pertes beaucoup plus grosses que celles prévues provoquant la faillite de beaucoup d’investisseurs amateurs comme professionnels. Beaucoup ont même eu des comptes négatifs. La cause la plus vraisemblable du non déclenchement des stop est un manque de liquidité, plus personne ne voulait acheter de l’EUR/CHF donc il n’y avait plus personne en face des investisseurs qui voulaient se débarrasser de leurs positions en les revendant.  Vous allez me dire qu’il y a des appels de marges qui doivent se déclencher, c’est vrai et ces appels de marges ont marché clôturant toutes les autres positions sauf celles sur EUR/CHF par manque de liquidité. J’en ai fait l’amère expérience, toutes mes positions gagnantes ont été clôturées par l’appel de marge sauf mes positions sur l’EUR/CHF entrainant la perte de mon compte.

« Mais alors à la moindre crise on risque de se faire lessiver si on ne peut même plus avoir confiance dans nos stop loss, autant abandonner de suite avant d’être plumé. »

Ce n’est pas totalement vrai, les stop loss sont indispensables pour se protéger mais dans des évènements de marché exceptionnel il faut utiliser d’autres méthodes.

Une de ces méthodes est très simple mais tout le monde n’y pense pas et ça peut éviter bien des déconvenues. La méthode est de simplement dédier un compte par stratégie chez des brokers différents. Enormément de personnes avaient quelques positions sur l’EUR/CHF sur leur compte principal de trading (comme moi) alors que le trading sur cette paire était une stratégie particulière car on tradait un taux plancher ce qui ne correspond pas aux techniques classiques de suivi de tendance. Le résultat est que ceux qui n’ont pas fait cette séparation de compte ont perdu leur compte dans son intégralité ou presque (en fonction de l’exposition sur cette paire de devise) alors que d’autres ont ouvert un compte dédié à la stratégie sur l’EUR/CHF et ont perdu seulement l’argent alloué à cette stratégie et rien de plus.

Un compte par stratégie c’est bien mais pourquoi chez des brokers différents ? Ouvrir des comptes chez des brokers différents va permettre plus de sécurité. En effet si un évènement exceptionnel vient à provoquer la faillite de votre courtier, votre deuxième compte ne craint pas cette faillite car il est chez un autre broker (sauf si votre deuxième broker fait faillite aussi mais là ce n’est vraiment pas de chance). Bien sûr il y a les comptes ségrégués qui sécurisent vos font mais c’est quand même plus sécuritaire. L’autre avantage c’est que le broker ne pourra pas vider votre deuxième compte pour renflouer le premier compte, en effet si on reprend l’exemple de la crise de l’EUR/CHF, beaucoup de compte ont fini en négatif de très grosse somme du coup les broker ou pioché dans les deuxièmes compte positif des clients qui avaient un premier compte en négatif pour le renflouer. Par exemple on peut avoir un compte où on fait une stratégie de suivi de tendance et de trading range et avoir un autre compte chez un autre broker où on fait du trading automatique.

Je vais vous donner une deuxième méthode pour gérer votre capital, cette façon de faire est aussi applicable dans la vie de tous les jours. Je vous conseille d’avoir une gestion pyramidale de votre capital.

investissement

En haut de votre pyramide vous aller mettre la stratégie la plus sécuritaire et plus on descend dans la pyramide et plus on va sur des stratégies risquées. Le but ici est que chaque niveau de la pyramide alimente le ou les niveaux en dessous ainsi on se créer une sécurité avec un trading sécuritaire et une partie des gains va alimenter les stratégies plus risquées qui elles même vont alimenter les stratégies encore plus risquées avec une partie des gains qu’elles ont engendrés.

Il est évidant que cette gestion pyramidale du capital va de pair avec la première méthode d’avoir plusieurs compte pour diverses stratégie.

Même s’il y a des crises, il est toujours intéressant d’investir sur les marchés financiers, il faut juste se prémunir face à ces évènements exceptionnels. Si vous n’êtes pas convaincu on peut faire un parallèle avec le marché immobilier.

Faisons un parallèle avec l’immobilier

immobilier

Je vois l’immobilier comme la bourse même si les stratégies sont différentes. Il faut savoir choisir sa stratégie et la gérer pour ne pas se faire avoir par des crises car il y a aussi des crises en immobilier.

En immobilier aussi il y a des crises

Pour nous rendre compte de ces crises nous allons étudier les travaux de Jacques Friggit. C’est un économiste spécialisé dans le marché de l’immobilier et il a étudié la variation des prix de l’immobilier au cours du temps.

courbe de friggit

Sur ce graphique on peut facilement voir que les prix varient beaucoup avec des phases de hausses et des phases de  baisse. Plusieurs  périodes de baisses sont visibles, une première à partir de 1966 jusqu’en 1975 puis de 1980 à 1986, puis de 1992 à 1999 et de 2007 à 2010.

Ces crises ne sont pas bénigne car elles impactent toute l’économie, surtout la crise de 1990 et celle de 2007. Même s’il y a moins de crise que sur les marchés financiers, le risque est bien présent et elles sont souvent dévastatrices. Il faut donc apprendre à s’en protéger et à les exploiter.

Gérer son capital immobilier

Comme on l’a vu, il y a aussi des crises dans l’immobilier. Il faut donc savoir gérer son capital immobilier pour choisir la bonne stratégie. Deux stratégies peuvent être mises en œuvre, la recherche de plus-value (comme du trading en bourse) et la location (comme les dividendes en bourse).

Choisir l’une ou l’autre de ces stratégies nous expose plus ou moins aux crises. Prenons l’exemple de la recherche de plus-value par exemple, cette stratégie nous lie à l’évolution des prix du marché, comme l’activité de trader, ce qui a pour conséquence de nous rendre très vulnérable face aux crises mais on peut réduire cette exposition si on sait gérer ce genre de stratégies. Par exemple trouver le vendeur pressé de vendre avec qui on peut négocier le prix ou un bien avec des travaux toujours dans le but de négocier le prix.

Dans l’immobilier la bonne affaire se fait à l’achat et non à la vente, il faut gagner de l’argent quand on signe chez le notaire et donc il faut acheter sous le prix du marché, cela permet aussi de revendre assez rapidement pour ne pas rester exposé à d’éventuelles crises immobilières. Pour ce genre de stratégie il est important de l’élaborer en fonctions des prix du marché actuel et ne pas regarder le prix des années passées.

La deuxième stratégie est la location afin de toucher un loyer. Cette façon de procéder nous soumet moins aux crises immobilières car on ne cherche pas de plus-value. Il y a une déconnexion entre le montant du loyer que l’on va toucher et le prix du bien, peut-importe que le prix du bien immobilier monte ou baisse, en général le loyer reste le même. Ici la bonne affaire se fait aussi à l’achat car il faut acheter à un prix suffisamment bas pour que le loyer perçu couvre ce que nous coute le bien et nous laisse un surplus.

Conclusion :

Tous les marchés sont risqués, que ce soit l’immobilier ou la bourse. Après cette crise asiatique il ne sert à rien de vouloir partir de la bourse, ça reste une activité rémunératrice si on sait comment protéger son capital. Les pertes font partie de l’activité et avec les méthodes que je vous ai données vous pouvez les limiter et résister aux crises à venir (car il y en aura).

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Mathieu

20 Comments

  1. Il y a pourtant des moyens de franchir les crises dans l’immobilier. Il faut acheter pas cher, rénover avec goût et louer ou revendre plus cher… Cela marche n’importe quand. Par contre, c’est plus difficile à trouver….

    Pur ta pyramide, moi j’aurais mis les activités les plus sécurisées en bas… cela me semble plus logique, non ?

    • Tu as raison, l’avantage de payer peu chère c’est qu’on peut revendre vite par la suite mais on ne peut pas trop faire cette stratégie sinon on devient marchand de bien.

      Pour la pyramide en haut tu as les activités les plus sécurisantes qui vont alimenter le bas de la pyramide.

      • Et pourquoi pas devenir marchand de biens ?

        D’autre part, souvent ne veut pas dire tous les mois. On peut faire l’opération tous les deux ans en occupant le bien comme résidence principale, ou faire de la location. Avec un rendement brut supérieur à 12% c’est intéressant… Et on peut louer 1, 2, 5, 10, 100, 700 biens…

  2. Salut Mathieu,

    Très bon résumé des cycles économiques de Kondratiev!

    Par contre, je serai curieux de savoir quelle différence tu fais entre “gestion du capital” et “money management”…

    Je ne suis pas pour la diversification à outrance, loin de là même… mais une stratégie avec seulement une ou deux positions ouvertes chez un broker, c’est clairement très dangereux et à fortement déconseiller 😉

    Ben

    • Salut Ben,
      Pour moi le money management englobe toute la partie gestion du risque à savoir la gestion de ton capital et la gestion des positions comme savoir combien de lot prendre quand on rentre en position, placer son stop etc…

    • Dans « stratégie avec seulement une ou deux positions ouvertes » il manque plein de précisions : le timing, long terme ou court terme ? Swing trading ou pas, taille relative des positions…

      Être d’accord ou pas dépend de ces paramètres…

      • Salut Michel,

        Si une ou deux positions sont énormes par rapport au capital, le risque est certainement énorme aussi sur ce capital. Si les positions sont petites par rapport au capital, alors le capital total est très utilisé donc fortement déconseillé.

        Le deuxième cas, s’il est temporaire, n’est pas critique. Pour le premier, même temporaire, est certainement critique 😉

        Ben

  3. Très bon parallèle entre la bourse et l’immobilier, certains ont tendance à croire qu’une crise boursière est plus dangereuse et ce n’est pas forcément le cas comme démontré dans l’article. Belle mise au point !

    • Merci pour ton commentaire, quand on veut investir, peu importe le marché, il y a toujours un risque, il faut l’évaluer et minimiser celui-ci

  4. Comme je dis très souvent, le risque zéro n’existe nul part. Il est essentiel de calculer son risque, et de détermine la marge de ce dernier afin de rentabiliser son investissement.

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