Quantitative easing, introduction et exemple japonais (partie 1)

Le 22 janvier 2015 la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé de suivre la mode et de lancer son quantitative easing ou « QE » pour les intimes (ECB announces expanded asset purchase programme). Il a commencé en mars 2015 et devait se terminer en septembre 2016 mais la situation ne s’étant pas vraiment amélioré Mario Draghi a décider de l’allonger jusqu’à mars 2017. Il est donc temps de se pencher un peu sur ce quantitative easing largement utilisé par le Japon mais aussi les Etats-Unis et l’Angleterre. Est-ce simplement un effet de mode qui a poussé Mario Draghi à suivre le mouvement où cette mesure a-t-elle une réelle efficacité ?

Pour répondre à cette question il convient, dans un premier temps, de définir cette politique de quantitative easing faites pas la BCE puis nous irons voir du côté des champions du domaine et nous ferons un bilan de cette mesure dans l’Union Européenne.

Quantitative easing : QE pour les intimes

Le quantitative easing c’est un rachat massif d’actifs et plus particulièrement d’obligations d’Etats. Et par massif il faut comprendre 60 milliards d’euros par mois annoncé par la BCE soit un rachat d’actifs d’un total de 1 100 milliards d’euros de mars 2015 à septembre 2016. Pour vous donner une idée de ce que ça représente, c’est l’équivalent d’environ 16 129 032 258 Big Mac par mois (de quoi se péter le bide 🙂 ).

Mais à quoi sert une telle mesure dite « non conventionnelle » ? Mario Draghi ne s’est pas réveillé un matin en se disant « Et si je rachetais des actifs aujourd’hui ? ». Ce quantitative easing a une utilité, du moins sur le papier. Avant de nous pencher sur les implications du quantitative easing il faut déjà comprendre le rôle de la Banque Centrale Européenne.

La rôle de la Banque Centrale Européenne

Son rôle principale est de maintenir un taux d’inflation inférieur mais proche de 2% et dans un second temps de stimuler l’activité économique de la zone euro si l’objectif d’inflation n’est pas remis en cause. Pour stimuler l’inflation la BCE peut baisser son taux d’intérêt directeur pour augmenter la quantité de monnaie dans l’économie, via l’augmentation des crédits, ce qui permet de stimuler l’activité économique et donc l’inflation. C’est cette politique qui a été menée sans que le crédit reparte réellement et cela à cause d’un problème de confiance, qui est une notion centrale en économie. Dans cette période de crise les entreprises empruntent moins car elles n’anticipent pas un avenir faste et en ce qui concerne les banques elles sont reticentes à faire des crédits, surtout entre elles, ne connaissant pas la quantité d’actifs pourrits au bilan des autres banques. A ça on rajoute le problème des dettes souveraines avec les dettes qui explosent, les taux d’intérêts exorbitant de certaines obligation d’Etats et aussi la difficulté pour certains Etats de se financer au vu de leur situation critique (Par exemple la Grèce) et ça nous donne une situation insoutenable.

Que faire alors maintenant que les taux directeurs sont au plus bas ?

Suivons le mouvement

La BCE a décidé de suivre la FED (reserve federal américaine) et la BOJ (la banque centrale japonaise) dans leur politique de quantitative easing. Elle achète donc massivement des dettes souveraines par l’intermédiaire des banques en faisant « tourner la planche à billet » (c’est plutôt de la monnaie scripturale), ce qui permet d’injecter de la liquidité dans les banques qui sont « censées » par la suite transférer cette liquidité à l’économie réelle pour stimuler l’inflation. L’autre avantage est de créer une pression baissière sur les taux d’intérêt des dettes souveraines car l’achat massif de ces titres permet de faire augmenter le prix, or le prix d’une obligation évolue à l’inverse du taux d’intérêt donc si le prix augmente alors les taux baissent. Le quantitative easing permet donc d’agir sur les taux d’intérêt à long terme alors que les taux directeurs agissent sur du court terme. Les indivudues vont donc préférer consommer, investir ou se diriger vers d’autres actifs plutôt que d’acheter ces titres peut rémunérateurs. Ce quantitative easing permet aussi d’agir sur le taux de change car une injection massive de liquidité permet de déprécier la monnaie et donc ici l’euro afin d’être plus compétitif et donc d’augmenter les exportations.

Bien sûr la BCE ne va pas racheter la totalité des dettes de chaque pays de la zone euro, le rachat est limité à 25% des émissions obligataire de chaque Etats et 33% de la dette total de chaque émetteur. Seul 20% de ces achats font l’objet d’un partage de risque sur l’ensemble des Etats de la zone euro soit 8% acheté directement par la BCE et 12% par des institutions. Les 80% restant seront donc achetés directement par les banques centralec nationales.

Si on résume le système, les pays de la zone euro émettent des obligations (ils continuent de s’endetter)  qui sont rachetés par les banques puis revendu aux banques centrales. Ce système bénéficie donc principalement aux banques (comme toujours) alors même que la circulation monétaire n’est pas forcement assurée.

Quantitative easing: L’exemple Japonais

Si on devait attribuer une médaille pour le quantitative easing, le Japon la remporterait haut la main. Le Japon en a fait plusieurs mais pourtant ça n’a pas été un franc succès.

Inflation oû es-tu?

Le Japon souffre de la déflation donc comme nous l’avons vu le quantitative easing doit permettre de rétablir l’inflation et on pourrait penser qu’entre 2013 et août 2014 cette politique a bien marché car le Japon est passé d’une inflation de 0.7% à presque 2%. Sauf qu’il faut regarder les détails de cette inflation, on s’aperçoit qu’elle est dû, non pas au QE, mais à une hausse de la TVA. L’inflation n’est donc dû qu’à une hausse mécanique.

inflation japonaise

Le problème du quantitative easing Japonais c’est qu’il est fait dans un contexte structurel inadéquat, en effet le Japon souffre d’un problème démographique avec un vieillissement de la population, les projections montre que le Japon pourrait passer sous le niveau des 84 000 000 d’habitant en 2050 alors qu’ils sont aujourd’hui environ 127 000 000. Les vieux ne reconstituent plus d’épargne donc une augmentation importante des prix crée une paupérisation de la population

consommation japonaise

Durant cette année le revenu disponible des ménages et donc son pourvoir d’achat a fortement diminué.

revenu disponible japonais

Vive les Exportations

Bon le quantitative easing Japonais n’a pas eu d’impact sur l’inflation mais il a quand même un impact sur le taux de change, cette augmentation de la liquidité doit entrainer une dépréciation du Yen. Et ce fût bien le cas si on en croit ce graphique de l’USD/JPY (taux de change du dollar Américain contre le Yen Japonais).

USD/JPY

L’avantage d’une dépréciation de la monnaie c’est qu’il rend moins chère nos bien vis-à-vis de l’étranger et donc cela dope les exportations.

exportation japonaise

Cependant on voit bien que les importations ont augmenté plus vite que les exportations à cause de politiques budgétaires de soutien aux importations pour relancer la consommation intérieure mais avec un yen déprécié cela coute plus chère. De plus l’effet sur les exportations reste relativement limité car les grandes sociétés japonaises produisent plutôt à l’extérieur du Japons de plus le japon importe des produits semi-finis pour les transformer puis les exporter mais le coût accrut des importations diminue la marge. Il ne faut pas non plus oublier les consommateurs japonais qui, souffrant déjà de la hausse de la TVA, voient leur pouvoir d’achat encore impacté par cette dépréciation. Tout cela ayant un impact sur le PIB

PIB Japonais

Conclusion

Au vu de la situation Japonaise on est en droit de se demander si cette politique de quantitative easing est vraiment une bonne idée. Son impacte semble limité mais avant de conclure il est important faire un état des lieux de la situation au USA et en Zone Euro dans une prochaine partie.

Quel est votre avis sur cette politique? Dites le moi en commentaire et n’hésitez pas à partager l’article et à me suivre sur facebook et twitter

 

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Mathieu

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